L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004


En 2004, Akira Toriyama s’était rendu à la Leipzig Book Fair en Allemagne. Il était invité par Carlsen Comics, l’éditeur de Dragon Ball chez nos voisins germaniques. Pour son apparition (ce qui est déjà rare en soi), Akira Toriyama a demandé à n’avoir que 200 invités maximum du fait de sa timidité.

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
Une des rares apparitions publiques de Toriyama ces dernières années

Dans le cadre de son passage en Allemagne, le magazine BANZAI ![1], une sorte de Weekly Shonen Jump teuton a eu l’occasion de l’interviewer pour ce qui sera sa seule interview en Allemagne.

Cette interview a été retrouvée par un fan américain, Derek Padula, qui tient le site « The Dao of Dragon Ball ». Voici notre traduction la plus fidèle possible et donc en exclusivité pour vous en français !

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

Intro : Samedi, c’était finalement le moment ! Pour beaucoup, le climax du salon : Le maître, Akira Toriyama, répondait aux questions sur scène en direct ! Bien sûr, BANZAI ! était présent pendant toute l’interview, pour tous ceux qui ne pouvaient être présents à Leipzig. Nous avions également quelques questions additionnelles envoyées par vous par email.

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

BANZAI ! : Toriyama-sensei, vous êtes très connu dans le monde entier. Qu’est-ce que cela vous fait, et comment vous gérez le fait d’avoir autant d’engouement autour de votre personne ?

AT : Je suis heureux de voir mes œuvres célèbres, mais personnellement je suis très timide et je préférais ne pas être célèbre. C’est pourquoi je ne publie aucune photo de moi-même, comme cela, personne ne me reconnait et je pourrais vivre une vie normale et tranquille.

BANZAI ! : A quel âge avez-vous commencé à dessiner ?

AT : Ah, j’ai commencé quand j’avais 21 ans. C’était quand j’ai voulu devenir mangaka.

BANZAI ! : Etait-ce votre aspiration quand vous étiez enfant ?

AT : tout petit, je voulais être un artiste.

BANZAI ! : Qu’avez-vous ressenti quand votre première œuvre a été publiée ?

AT : Bien sûr j’en étais très heureux. Mais j’avais l’habitude de faire imprimer des choses car je travaillais avant dans le monde de la pub. Après tout, mes parents me disaient souvent « Fais quelque chose de décent ! Ne dessine pas que des mangas ! » Avoir cet emploi m’a rendu la vie plus facile pour continuer à dessiner.

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

BANZAI ! : Quels mangas aviez-vous lu avant, et quels sont les artistes qui ont influencé vos œuvres ?

AT : Pour être franc, je n’ai pas lu beaucoup d’œuvres d’autres mangaka, sauf dans mon enfance pendant laquelle j’ai lu Astro Boy d’Osamu Tezuka. Mais récemment, ma femme et mes enfants sont devenus fous de 20th Century Boys de Naoki Urasawa. Ça a atteint le point où je ne comprenais plus rien à ce qu’ils disaient donc j’ai décidé de lire le manga. Je l’ai aimé bien plus que beaucoup de films. Si je lisais plus de mangas, je pourrais surement citer plus de très bons mangakas.

BANZAI ! : Comment trouvez-vous vos idées ? Avez-vous un truc spécial ?

AT : Avoir des idées est difficile. Vous devez ouvrir votre cahier de dessins et lancer plusieurs designs / concepts. Vu que je ne suis pas quelqu’un d’ordinaire, j’essaie d’éviter les histoires trop simples. Il doit y avoir une bonne combinaison entre les idées planifiées et celles qui arrivent spontanément à l’esprit.

BANZAI ! : Comment fonctionne la collaboration entre vous, votre éditeur et votre maison d’édition ?

AT : Normalement, la relation entre un auteur et l’équipe d’édition doit fonctionner car si quelque chose ne va pas, l’éditeur découvrira cette erreur et remettra l’œuvre sur de bons rails. Mon éditeur, Torishima-san, avait plein de bonnes idées, que j’ajoutais souvent à l’histoire. Pourtant il y en a eu certaines que je n’ai pas aimé. Je lui disais « C’est une bonne idée » pour lui faire plaisir, mais derrière son dos, je tuais cette idée. J’ai choisi parmi ses idées les plus brillantes pour les intégrer au fur et à mesure dans mon œuvre. Je pense qu’il ne m’a pas rendu la tâche facile car je ne l’écoutais pas souvent.

BANZAI ! : Laquelle de vos œuvres vous êtes-vous le plus amusé à dessiner ?

AT : Surement Neko Majin ! C’est un regard amusant sur mon œuvre la plus célèbre. Avec Dragon Ball, au Japon, il y a tellement de parodies que j’ai pensé « il est temps que j’en dessine une moi-même ». Ma « parodie officielle de Dragon Ball » si on veut.

BANZAI ! : Pourquoi avoir dessiné trois nouvelles histoires Neko Majin en 2003 ?

AT : Apparemment, et pour faire simple, les lecteurs aiment Neko Majin. Donc ma maison d’édition m’a demandé de lui créer de nouvelles aventures.

BANZAI ! : Lisez-vous parfois votre propre manga ?

AT : Pas d’habitude. J’ai lu Dragon Ball pour la première fois tandis que je travaillais sur les nouvelles illustrations pour l’édition japonaise Kanzenban[2] de Dragon Ball. J’ai juste trop de choses à faire pour pouvoir lire mes propres mangas.

BANZAI ! : Y-a-t-il quelque chose de similaire au Japon que notre « concours de talent / dessinateurs » ?

AT : Oh, il y a plein de concours. Tellement que vous pouvez difficilement participer à tous. J’ai, moi aussi, pris part à un concours plus jeune mais je n’ai pas gagné. J’étais encore trop inexpérimenté[3].

BANZAI ! : Est-ce que vos enfants sont aussi doués pour le dessin ? Voulez-vous qu’ils deviennent des mangaka eux aussi ?

AT : Mes enfants ont déjà du talent, mais je ne sais pas s’ils veulent devenir mangaka.

(Note de l’éditeur : Vous avez beaucoup de talent ! Je vous ai vu faire…)

BANZAI ! : est-ce votre première fois en Allemagne ? Vous appréciez ?

AT : Il y a 20 ans, j’étais à Hockenheim[4] pour une course de Formule 1. A cette époque tout le monde était gentil et très altruiste avec moi, et donc j’ai un très bon souvenir de l’Allemagne.

BANZAI ! : si vous aviez des astuces à donner à nos jeunes illustrateurs / dessinateurs, qu’est-ce que ça serait ?

AT : Bien sûr, cela serait normal au début de copier des mangas japonais, mais les mangaka allemands doivent aussi développer leur propre style et intégrer des éléments propres à leur culture. Avec le temps, les lecteurs allemands préféreront les mangas allemands que japonais.

BANZAI ! : Que faites-vous quand vous ne dessinez pas de mangas ?

AT : J’aime beaucoup le modélisme. De plus, j’ai l’habitude de me balader en moto.

BANZAI ! : Quels sont vos plans pour le futur ?

AT : Honnêtement, dessiner des mangas m’a épuisé aussi bien mentalement que physiquement ces dernières années. J’ai été focalisé sur des designs graphiques ces derniers temps, mais j’aimerais dessiner un manga « Super[5] » !

BANZAI ! : Nous vous remercions pour l’interview Toriyama-sensei.

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
Shikishi de Toriyama Tondemonai tsuyosa o tanoshinde kudasare (とんでもない強さを楽しんでくだされ, “amusez-vous de leur incroyable puissance!”)

[1] BANZAI ! #6-2004 pp140-141

[2] Perfect Edition en France chez Glénat.

[3] Une histoire bien connue. En 1977, Toriyama a participé au concours de Shonen Jump pour gagner ¥100000. Il n’a pas gagné mais Torishima l’avait repéré et lui a demandé de persister.

[4] Le Grand Prix F1 d’Hockenheim de 1984 (5 août) qui a vu Alain Prost l’emporté contre le chouchou de Toriyama, Ayrton Senna, qui s’était crashé. Il a d’ailleurs rencontré Ayrton Senna en 1990 (cf illustration ci-dessous). Il a d’ailleurs repris cette rencontre pour l’illustration du Weekly Shonen Jump du 14 mai 1990.

L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004 – Tori et Senna
L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004
L’interview perdue d’Akira Toriyama à Leipzig en 2004

[5] Impossible de savoir ici exactement ce que signifiait ce “Super”. Je ne pense pas que cela signifiait Dragon Ball Super (vu que Toriyama ne planifie jamais le long terme) mais pourquoi pas. Pour moi Super évoque plus une nouvelle histoire de Super Héros. Ou sinon Super renvoi à un nouveau manga qui aurait autant de succès que DB. Au choix !

 

Traduction : Matthanor

Matthanor

Matthanor
Fan depuis toujours de Dragon Ball, j'ai grandi avec le Club Dorothée et avec tous les anime de légende, diffusés pour la première fois en France à ce moment-là. Je suis fan de l'intelligence que Toriyama met dans ses œuvres et notamment j'adore découvrir de nouvelles illustrations et vous traduire tout un tas d'interviews le concernant. Fait rare : j'aime bien Dragon Ball GT !

Ne loupez pas l'info !

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